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L’IMPR (Institut Marocain de Psychothérapie Relationnelle) a eu le plaisir de recevoir Jean-Marc Priels pour trois journées de groupe de rencontre dans l’esprit de Carl Rogers. Ce groupe a rassemblé 32 participants qui étaient tous soit psychothérapeutes praticiens dans l’Approche centrée sur la personne, soit engagés dans un parcours de formation en lien étroit avec cette approche humaniste. Pour tous ces « aficionados », « convertis », « convaincus », l’aventure du groupe de rencontre a été une expérience de relation humaine surprenante et intense. Un tel groupe s’est tenu pour la première fois à Casablanca en juin 2018.

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L’IMPR (Institut Marocain de​​ Psychothérapie Relationnelle) a​​ eu le plaisir de recevoir​​ Jean-Marc Priels pour trois journées​​ de​​ groupe de rencontre​​ dans l’esprit de Carl Rogers. Ce groupe a rassemblé​​ 32​​ participants qui étaient tous soit psychothérapeutes praticiens​​ dans​​ l’Approche ​​ centrée sur la personne, soit engagés dans un parcours de formation en lien​​ étroit​​ avec cette approche humaniste. Pour tous ces « aficionados », « convertis », « convaincus », l’aventure​​ du groupe de​​ rencontre​​ a été une expérience de relation humaine​​ surprenante​​ et intense. Un tel groupe​​ s’est tenu​​ pour la première fois​​ à Casablanca​​ en juin 2018.

 

 

 

Jean-Marc​​ Priels est psychologue clinicien​​ et psychothérapeute​​ dans l’Approche​​ ​​ centrée sur la personne.​​ Il a été formé en Belgique par l’AFPC (www.afpc.be)​​ et​​ exerce en institution psychiatrique à​​ Bruxelles, à la clinique Sans Souci​​ (www.sans-souci.be),​​ ainsi que dans un service de consultation en santé mentale, le SSM Nouveau Centre Primavera​​ où​​ il développe un programme de​​ psychologie communautaire.​​ En lien avec des associations d’usagers en santé mentale, il facilite​​ notamment​​ des groupes d’entraide destinés à des personnes vivant avec un diagnostic de troubles​​ bipolaires​​ et leurs proches​​ (www.funambuleinfo.be)​​ ainsi qu’à des « entendeurs de voix »​​ (www.rev-belgium.org).​​ Outre une pratique privée​​ à​​ domicile, il intervient au Maroc dans la formation de​​ l’IMPR (www.institut-psychotherapie.ma) et​​ en​​ France tant que superviseur pour​​ ACP​​ France (www.acpfrance.fr)​​ et collaborateur externe pour​​ ACP Formations​​ (www.acpformations.wordpress.com).​​ Il fait partie​​ du comité éditorial de la revue​​ ACP​​ - Pratique​​ et recherche​​ (www.acp-pr.org), est actif au sein du Pre-Therapy Network International (www.pre-therapy.com) et​​ est membre fondateur de l’association européenne - NEAPCEPC- (www.pce-europe.org)​​ et​​ de l’association mondiale -​​ WAPCEPC​​ - (www.pce-world.org)​​ de psychothérapie et de counseling centrés sur la personne et expérientiels.​​ En Belgique, il est praticien et formateur dans la démarche non-verbale du Snoezelen (www.snoezelen-belgique.com). Actuellement, il s’investi​​ dans la préparation du PCA 2019​​ -​​ Forum International de l’Approche centrée sur la personne​​ (www.pca2019.afpacp.fr)​​ -​​ qui se tiendra à Paris-Dourdan en octobre 2019​​ et​​ qui​​ sera organisé par l’Association Française de Psychothérapie dans l’Approche​​ centrée sur la personne​​ (www.afpacp.fr).​​ 

 

Qu’est-ce qu’un groupe de rencontre Rogérien ?

 

J.-M.​​ Priels : Un groupe de rencontre​​ -​​ encounter​​ group,​​ c’est le rassemblement​​ d’un certain nombre de personnes qui choisissent de se réunir​​ pour parler d’elles-mêmes​​ dans​​ le but d’explorer ce qu’elles vivent et ressentent ici et maintenant, ensemble. Dans l’approche humaniste, ce groupe prend​​ classiquement la forme particulière​​ d’un cercle de parole dans lequel un ou plusieurs intervenants mettent à disposition​​ leur expérience​​ de facilitation1, vivent​​ et portent à l’intérieur d’eux-mêmes un cadre d’attitudes qu’elles offrent, en étant vigilants​​ au processus de la rencontre,​​ au bénéfice du développement personnel de​​ chacun dans le groupe. Selon les principes de l’Approche centrée sur la personne,​​ un tel groupe repose​​ en effet​​ sur​​ un​​ cadre d’attitudes qui, s’il est proposé avec justesse​​ par le facilitateur,​​ favorise​​ l’écoute compréhensive.​​ L’écoute y est aussi importante que la parole. Les attitudes​​ de base ne diffèrent pas de​​ celles énoncées dans la théorie de la relation humaine de Carl Rogers : la​​ présence vivante​​ du contact psychologique,​​ de la congruence, du​​ regard positif inconditionnel et de l’empathie. Dans​​ le​​ rôle​​ de facilitateur que j’ai​​ adopté ici à Casablanca,​​ comme​​ habituellement​​ lorsque je suis en présence d’un groupe,​​ je me fie à​​ ce que je suis et​​ à ce que je vis. Carl Rogers exprimait que cela​​ peut parfaitement servir de base, dans l'Approche centrée sur la personne,​​ à la congruence et aux​​ attitudes​​ nécessaires​​ à la facilitation.

 

Dans les groupes de parole se produit quelque chose qui fait qu’au bout d’un moment,​​ la facilitation devient partagée. Je veux dire par là​​ que, en fonction des interventions des uns et des autres,​​ en fonction de là où chacun trouve​​ sa place​​ dans le groupe, en fonction des résonnances mutuelles qui​​ surviennent, des confrontations dans la diversité, toute parole – comme tout silence, tout regard ou toute posture corporelle d’ailleurs -​​ va pouvoir faire en sorte qu’un processus de développement du groupe​​ puisse​​ se​​ mettre​​ en place. Chaque​​ intervention de quelque participant que ce soit possède son potentiel de​​ facilitation.​​ Au final, c’est donc l’ensemble de ce qui se vit personnellement et de manière communautaire qui enclenche​​ un processus de développement​​ propre à​​ chacune des personnes dans le groupe.​​ Un​​ tel​​ groupe​​ est une alchimie un peu particulière​​ dans laquelle se trame la fois​​ ce qui est de l’ordre​​ intimement personnel et ce qui​​ de l’ordre du​​ communautaire ou du​​ groupal.​​ L'ensemble et​​ la somme des unités​​ mises en présence​​ déploient beaucoup plus de richesse que le serait la simple addition​​ des éléments d’un​​ tout.​​ Cela se perçoit​​ très fort​​ dans la façon dont le groupe invente son propre processus. Chaque groupe invente une histoire commune que chacun​​ vit et​​ traverse de façon extrêmement​​ personnelle.​​ Pour le facilitateur, l’attention centrée sur chaque personne est aussi importante que l’attention portée au processus implicite du groupe. L’expression verbale​​ comme tout ce qui s’exprime de manière non verbale sont significatifs et donnent à voir des​​ moments​​ de mouvement, des moments de changement, des niveaux de conscience différents que le groupe va approcher, des climats que le groupe va traverser. Ces aspects sont parfois des climats​​ très changeants d'un moment à l'autre.​​ Il y va d’un​​ processus de maturité2​​ que le groupe prend, dès le début,​​ dans l'installation de la sécurité​​ personnelle et interpersonnelle, dans l'installation d’un climat d’écoute​​ favorable, dans les chemins – les va-et-vient​​ ou les impasses - qui sont empruntés,​​ dans les écarts que l’on va prendre ensemble​​ dans les confrontations qui​​ se présentent… Le facilitateur accueille et accompagne tout ce​​ processus qui​​ n’est​​ autre que le témoin​​ de la tendance​​ à l’actualisation de soi des participants.​​ Le groupe est en effet centré sur les personnes.​​ Devant la liberté expérientielle, comme devant les contraintes de cette liberté liées à la confrontation inhérente aux relations humaines, qui leur​​ est offerte​​ dans le groupe,​​ ils​​ tracent leur propre route.​​ Le facilitateur tire​​ sa confiance​​ en lui-même et tire parti de​​ l’expérience qu’il a faite de groupes précédents : la tendance actualisante est présente dans le groupe comme dans toute circonstance de la vie. La facilitation, si elle est bien menée,​​ permet au groupe et à chacun dans le groupe de se frayer​​ un chemin​​ dont la direction est fondamentalement bonne,​​ humainement plus différenciée en même temps que plus​​ empreinte​​ de reliance​​ et plus complexe. Il en va ainsi de la flexibilité psychologique et de la congruence caractéristiques d’une vie plus pleine et chacun​​ est en​​ recherche​​ de​​ développement.​​ Dans un groupe de rencontre tel que celui qui s’est mis en place cette année à Casablanca dans le cadre de la formation de l’IMPR,​​ il est à noter que​​ le travail du facilitateur est aidé par le fait que​​ les personnes​​ y arrivent​​ avec un but commun. Dans ce qui s’apparente à un huis clos, durant​​ trois​​ jours de formation,​​ les personnes viennent dans une recherche identique de développement personnel. Cela facilite, franchement, beaucoup le fait que l’on​​ arrive​​ quasiment​​ toujours​​ à​​ y​​ assimiler les conflits, les moments d’émotions intense, les revirements, les prises de conscience et les​​ insights​​ de remise en questions.​​ En définitive, la relation humaine ainsi vécue se révèle vraiment​​ magique’. Pour les participants, le groupe de rencontre est souvent une expérience durablement transformatrice bien qu’elle ait été intensément vécue dans l’instant.​​ 

 

En ce qui vous concerne, l’écoute vous a-t-elle parue différente,​​ ici,​​ à Casablanca ?​​ Vous a-t-elle semblé plus facile ou plus fastidieuse ?

 

J.-M.​​ Priels :​​ Au départ de ces trois journées de groupe de rencontre, il est vrai que j'avais un peu​​ peur. C'est la première fois que je viens au Maroc, et, on a beau dire​​ Mare Nostrum,​​ c’est la première fois que je passe la barrière de la Méditerranée.​​ Je ne m'attendais pas à me retrouver​​ devant un groupe aussi nombreux :​​ 32​​ personnes,​​ c'est beaucoup. Tout au long de ces trois jours, j'ai​​ discrètement effectué un travail de congruence pour, phases après phases, ne pas quitter la​​ sécurité​​ interne qui était la mienne,​​ me​​ faire beaucoup confiance, rester présent à ce que je comprenais,​​ comme m’autoriser à me sentir culturellement l’étranger dans le groupe.​​ Quelques jours avant mon arrivée​​ à Casablanca, je me suis installé dans un riad au​​ cœur de la médina à El Jadida. J’y ai visité la vieille ville et le musée de la​​ résistance pour tenter de comprendre une partie de l’histoire du pays. J’ai​​ ensuite​​ traversé​​ une partie du​​ Maroc​​ en train. Je​​ me suis mis en position de capter avec les yeux et tous les sens ce que signifie vivre dans ce pays. J’ai vu un territoire​​ très rural, très pauvre, des enfants bergers.​​ J’ai perçu combien l’éducation était ici un enjeu majeur pour le futur.​​ J'arrive ici​​ à Casablanca​​ dans un Maroc très​​ différent, c’est-à-dire un Maroc où​​ la culture a de l'importance. Les​​ gens​​ que j’ai rencontrés​​ ont l'habitude de lire, sont cultivés,​​ ont​​ pour la plupart fait des études, ont une profession et parfois quelque fortune.​​ Certains sont des artistes.​​ Durant quelques jours, pour me préparer au groupe de rencontre, j'ai cherché à me faire​​ des​​ points de repère sur ce qu’était​​ l’âme profonde de ce pays.​​ Ce que je peux dire,​​ c'est que c'est un pays en grande​​ transition. J’y perçois​​ une​​ forme de transition​​ verticale nécessaire​​ à penser pour l’avenir, entre la grande pauvreté d’une part et l’intelligentsia​​ des​​ élites​​ voire celle d’une aristocratie très​​ puissante​​ d’autre part.​​ Considérant cette verticalité, il apparaît qu’il​​ y a​​ dans ce pays une classe moyenne beaucoup​​ moins importante qu’en Europe.​​ La société y est structurée d’une​​ façon très​​ différente.​​ Par ailleurs, la place de la religion​​ est aussi très​​ présente​​ dans la société. Les valeurs liées à la laïcité ou à la séparation de la vie privée, de la vie publique, de la vie politique et de​​ la morale, de​​ la spiritualité ou de la religion sont ici différentes.​​ Il est également facilement observable que les rapports​​ entre les​​ femmes​​ et les hommes​​ sont​​ visiblement encore​​ très​​ cloisonnés et marqués par​​ un esprit de​​ domination et de​​ soumission.​​ J’ai trouvé que le Maroc​​ est une société assez rude, assez violente, quelque part, même physiquement. Sans doute en est-il ainsi également avec les enfants. J’ai pu observer que la façon de se parler​​ dans​​ la rue est​​ très directe de même que la manière de parlementer ou de se toucher est assez dure. Pour l’anecdote, de ce que j'ai pu voir,​​ la façon​​ de conduire les voitures​​ est assez​​ belligérante. Enfin, il m’apparaît que, pour l’avenir de ce magnifique pays, le rôle des femmes, des artistes et celui des intellectuels éclairés seront des éléments déterminants​​ pour libérer la parole de tous.​​ Dans un esprit de révolution tranquille respectant l’héritage de l’histoire plutôt l’aspiration​​ dans une course capitaliste effrénée, l’avenir dépendra​​ ici​​ de l’engagement3​​ de quelques sphères d’influence plus que du pouvoir établi.​​ Enfin, il me semble évident que l’âme du Maroc et donc l’identité de la nation est avant toute chose ancrée dans la richesse inépuisable d’une culture traditionnelle.

 

Pour continuer de répondre à la question de ce qui a été identique ou différent, facile ou fastidieux dans le​​ groupe de rencontre,​​ je voudrais tout d’abord dire que beaucoup de​​ choses​​ y​​ ont été exprimées d'une façon​​ humainement​​ sensible, d'une façon intérieure.​​ J’ai retrouvé​​ quelque chose​​ de familier​​ déjà expérimenté dans d’autres groupes ailleurs dans le monde et que Carl Rogers a résumé comme ceci :​​ « ce qui est le plus personnel est le plus universel ».​​ 

Je parlais tout à l’heure d’un pays se trouvant devant le challenge de la​​ transition et cet aspect a souvent traversé mon esprit durant le groupe. Les participants, femmes et hommes aux histoires différentes, de diverses religions et de différents milieux sociaux, ont pour la plupart grandi​​ dans un​​ pays qui a, au-delà de son histoire – qui ne se résume en rien à la présence d’une seule religion mais dont pourrait presque croire qu’elle a commencé avec le protectorat -​​ une tradition​​ et une culture​​ très forte. Or​​ il se fait que ce​​ grand​​ groupe de rencontre s’est déroulé dans le cadre d’émancipation professionnelle et sociale au sein d’une formation4​​ qui porte un accent particulier aux relations humaines et dans une ville qui s’apparente le plus sans doute le plus à celles​​ des pays européanisés.​​ J’entrevois​​ alors la portée politique​​ que peut avoir un tel groupe de rencontre​​ dans un​​ tel​​ pays en​​ transition​​ verticale. L’espoir est de trouver des équilibres entre toutes les forces de la société, d’avancer vers plus d'émancipation des personnes, vers plus de​​ liberté d’expression, vers plus de circulation de la parole, vers moins de silences, vers moins de soumission, vers l’ouverture dans un climat d’écoute. Cette espérance pour l’avenir, je l’ai retrouvée dans beaucoup des thèmes qui ont été abordés. Au travers de ce qui a été exprimé, j’ai​​ été sensible à l’importance d’une​​ spiritualité qui, en soi, dépasse les côtés​​ religieux plus​​ formels. C’est là quelque chose​​ que j’ai également observé en Argentine ou au Brésil, au Japon, en Roumanie​​ ou en Russie​​ par exemple. Il s’agit donc véritablement d’un phénomène​​ profondément humain qui participe​​ à​​ l’approfondissement de l’intériorité, qui est​​ de l'ordre​​ d'une recherche de mieux-être, d’une ouverture au développement personnel​​ et communautaire. De plus,​​ les aspects politiques de ce qui est vécu dans un groupe de rencontre montrent combien il est difficile de faire société, combien il est important de cultiver l’écoute et le vivre-ensemble,​​ de​​ faire place à la​​ diversité,​​ de créer des voies de paix dans la manière de vivre ensemble5. La volonté de se rencontrer et de​​ se​​ comprendre​​ vraiment​​ est​​ une​​ réalité​​ universelle.​​ Pour conclure la réponse à cette question,​​ ma réponse vous paraîtra sans doute surprenante : je n'ai pas mis en place, dans ce groupe de rencontre ici au Maroc,​​ des attitudes​​ différentes que celles que je tente déployer ailleurs dans d’autres groupes. Je n’ai pas cherché à être​​ très différent de ce que je pourrais être dans un autre pays​​ ou dans une autre culture.

 

Vous avez une grande expérience en tant que facilitateur de groupes de rencontre, vous êtes donc​​ relativement familier avec ce que vous​​ ressentez. Lors de cette expérience de groupe vécue​​ ici au Maroc,​​ ce que vous avez ressenti a-t-il été teinté​​ d’une​​ «couleur » particulière ?

 

 

J.-M.​​ Priels : Une couleur particulière ?​​ La question me surprend car je n'ai pas jusqu’ici​​ pensé​​ en termes de couleurs. Si je tente de saisir au fond de moi l’impression que me laisse ce groupe de rencontre, je vois​​ néanmoins​​ quelques éléments qui ressortent. Je vois le visage de quelques personnes. Ce groupe que l’on​​ a​​ traversé​​ ensemble​​ est un groupe dans​​ lequel​​ je perçois la​​ diversité​​ des​​ personnes. J'ai​​ par exemple en tête une certaine personne qui m'apparaissait​​ discrète​​ tout en étant​​ spirituellement reliée avec le haut. Voilà donc​​ quelque chose qui m’a vraiment​​ impressionné. Je vois aussi un​​ autre visage, très silencieux mais​​ vraiment rayonnant du plaisir d'écouter, d'observer, tout ce qu'il​​ pouvait observer autour de lui.​​ J’ai écouté des​​ moments poétiques, des moments​​ d'expressions très simples​​ et​​ quasi mystiques​​ chez une autre personne.​​ Il y a eu aussi de​​ très beaux moments au cours desquels nous avons partagé des morceaux de notre existence. Nous avons été touchés​​ de parler de​​ réalités​​ comme​​ la​​ famille, la​​ mort,​​ la dépendance,​​ la solitude, etc.​​ J’ai peine à ne m’arrêter ici que sur ces quelques thèmes car je sais que dans un tel groupe,​​ il​​ est impossible​​ de​​ résumer la richesse de ce qui a été exprimé. La richesse transformatrice d’un groupe de rencontre tient dans le fait qu’il s’y vit beaucoup plus de choses encore dans le for intérieur de chacun que ce qui a pu s’exprimer et être entendu.​​ Le for intérieur est un trésor qui ne se laisse pas si facilement dévoiler.​​ Au terme de ces trois jours, chacun est probablement reparti avec ce​​ qu’il a secrètement découvert.​​ De plus,​​ chacun continuera encore de​​ découvrir des choses en lien avec ce qui a été vécu dans le groupe.​​ Pour revenir à la question posée,​​ je​​ dirais alors que l’on a​​ traversé tout cela avec la couleur de la douceur.​​ C’est bien ce que je pensais en arrivant ici, en sortant du train, qu'il y avait un besoin de​​ clémence​​ pour ce pays. Je trouve que nous​​ l'avons rencontrée dans le groupe :​​ la​​ clémence ou encore la​​ douceur.​​ Par ailleurs, j'ai été très​​ surpris par le terme de pudeur qui a été​​ souvent​​ évoqué. Je ne pense pas que j'ai compris tout à fait​​ ce que cela recouvre. Qu’est-ce que ce terme, ai-je un moment pensé,​​ peut donc​​ signifier​​ ici au Maroc ? Il est​​ sans doute lié​​ aux contraintes du pouvoir social,​​ à la façon dont les corps se montrent et à la façon dont ces​​ corps sont imprégnés de la culture​​ et​​ de la religion. C’est un peu une intuition de ma part.​​ Ce terme de pudeur reste, sans doute,​​ parmi les​​ moins familiers​​ dans​​ les groupes que j’ai facilités​​ jusqu’ici.​​ Ça​​ m'a surpris, ça m’a touché…

 

 

 

Ce serait donc la thématique qui a pu surgir, qui était teintée du contexte religio-socio-culturel du Maroc ?

 

J.-M.​​ Priels : Ce qui était​​ assez remarquable, c’est​​ effectivement​​ que​​ ce​​ premier​​ groupe de rencontre​​ à Casablanca a été​​ un groupe de rencontre​​ qui​​ a​​ permis à chacun d’approcher la liberté expérientielle qui lui est propre. Chacun, je pense,​​ s’y est risqué malgré la crainte du dévoilement, au sens de la divulgation de soi.​​ Sur un mode plus communautaire, le groupe s’est laissé entrainer dans un processus multiforme. Nous étions tantôt proche d’un​​ groupe de parole profondément intense mais nous avons aussi abordé de graves​​ questions de société, parfois d’ailleurs comme au café du coin​​ en​​ attendant​​ un expresso et le​​ serveur qui allait​​ bientôt​​ passer (rires).​​ Nous avons aussi abordé les choses​​ de manière très marquées par l’émotion -​​ la joie, la tristesse, la peur, la douleur, etc. Chaque parole comme chaque silence semblaient​​ ancrés dans le rythme des échanges entre les participants. Nous avons souvent abordé les choses de façon complètement différente​​ au fil des heures et des jours. En définitive, c’était des​​ questionnements personnels propres à l’existence de​​ chacun dont il​​ était question. Nous avons parlé de qui nous sommes, de nos histoires, de nos​​ familles,​​ des personnes que l’on aime,​​ de notre créativité, de notre​​ travail, de​​ nos choix dans la vie, de nos impasses, de nos heurts et malheurs comme de nos joies​​ et​​ de nos espoirs pour l’avenir.​​ Un groupe de rencontre est avant tout un groupe d’écoute. Le corollaire est qu’il est donc aussi un groupe de​​ parole. Le climat de sécurité étant présent, il libère la parole et permet l’expression profonde des​​ questionnements existentiels.​​ L’actualisation de soi devient alors plus flexible et, pour les participants eux-mêmes, le développement personnel se produit de manière surprenante.

 

Je vous ai vu avoir des contacts physiques avec certains​​ participants, lors​​ de moments​​ intenses en émotion. Cela fait-il partie de votre processus empathique ? Que​​ ressentiez-vous à ce​​ moment là ?

 

J.-M.​​ Priels : En effet, il m’est arrivé​​ à certains moments d’aller vers un participant et de lui marquer une présence compréhensive par un toucher spontané que je qualifierais de relationnel. Dans mon travail,​​ je​​ suis aussi psychothérapeute et je pratique​​ aussi​​ l’approche psychocorporelle du Snoezelen6.​​ Chaque semaine, cela​​ fait partie de mon travail. Et​​ puis​​ une chose que j'ai apprise dans l’Approche​​ centrée sur la personne,​​ notamment​​ en participant​​ à de​​ grands forums internationaux,​​ c’est que les personnes expriment souvent leur émotion profonde au travers de signaux​​ indicibles et qu’elles​​ se manifestent les unes aux autres​​ au​​ travers les attitudes non-verbales.​​ Toucher l’autre est​​ toujours très délicat parce​​ que c’est quelque chose qui peut être très différemment vécu​​ d'un pays à l'autre.​​ En fait, dans ce groupe de rencontre qui vient de se terminer,​​ le climat de sécurité étant présent,​​ je​​ n'ai pas​​ trop​​ réfléchi​​ en allant vers quelqu’un pour le soutenir en le touchant silencieusement. C’était​​ réfléchi certes,​​ mais c’était​​ spontané… (silence)… à​​ tel point que (silence)…​​ Ah​​ oui !​​ Une fois je me suis levé, pour​​ soutenir​​ quelqu’un​​ en le prenant​​ dans mes​​ bras, effectivement… (silence)… et​​ plus tard,​​ j’ai mis la main sur​​ l’épaule de​​ quelqu’un d’autre… En tous les cas,​​ le fait, pour moi, de faciliter un groupe passe par l'écoute de la parole, mais passe aussi, presque concrètement, par​​ le fait de sentir, le fait d'observer, le fait de voir, dans un regard périphérique, les mouvements de ce qui s'y passe. Le mouvement de quelqu'un qui va balancer un pied​​ ou le mouvement d’une tête qui se penche​​ par exemple​​ sont parfois des gestes significatifs. De même,​​ le mouvement d'un groupe qui s'élargit​​ ou celui de deux personnes qui se rapprochent l’une de l’autre... Donc, oui,​​ pour moi,​​ le fait de sentir tout ce qui se joue, corporellement, chez les personnes,​​ fait partie d’une sorte d’empathie. Je tente de me placer en empathie avec le tonus corporel des personnes que j’écoute et avec le tonus propre au climat du groupe. Cette forme de​​ résonnance empathique implicite est​​ importante pour moi.​​ Le fait​​ d’observer ce qui se montre et de​​ ressentir dans le corps, c'est vraiment une grande​​ partie de ma boussole pour écouter un groupe. Une grande partie de l'ajustement​​ passe par cette​​ empathie tonique qui​​ est​​ expériencée​​ dans mon corps. Elle permet de​​ me mettre en phase avec les personnes devant moi​​ et avec le climat du groupe.​​ C'est parfois tout à fait surprenant.​​ Ce matin​​ par exemple,​​ je percevais intuitivement, sans pouvoir le vérifier, que depuis un petit temps​​ il​​ était probable qu’un participant éprouvait le besoin d’exprimer quelque chose de présent​​ en​​ lui mais qu’il hésitait à prendre le risque de la parole. A un moment précis,​​ il a bougé et je​​ me suis​​ alors simplement​​ penché​​ vers l’avant. C’est cette « réflexion du corps », dirait-on en pré-thérapie7, qui lui a permis de prendre la parole. De​​ pareilles choses peuvent également se produire​​ par l’échange​​ d’un​​ regard,​​ par le fait d’observer la​​ respiration​​ de quelqu’un, ou le discret mouvement d’un doigt, etc.,​​ et de s’y accorder.​​ Je dirais donc que l'accompagnement de​​ ce qu’exprime​​ la personne dépasse le simple fait de parler. L’empathie ou​​ l'écoute compréhensive​​ est aussi celle du langage corporel. Ce langage, pour pré-expressif qu’il soit,​​ est un véritable langage. Pour reprendre une expression de Garry Prouty, il importe de​​ créer ‘un pont​​ de l'intérieur à l'intérieur’. Carl Rogers parlait de l’importance de se mouvoir dans le monde intérieur de l’autre. Pour ce faire, ma boussole trouve son pôle dans ma propre​​ sécurité​​ de base. Cette sécurité, je la ressens​​ au fond de moi​​ à l’intérieur​​ et dans mon organisme.​​ C’est sur elle que je me repose.​​ Le cadre de facilitation est un cadre intérieur.​​ Oui,​​ c'est un cadre d'attitudes​​ organismiquement​​ vécues.​​ C’est un cadre d’attitudes intérieures​​ que j’espère, au moment de l’écoute, incarner de manière aussi peu défensive et aussi congruente que possible.

 

En parlant de cadre d’attitudes et de​​ la non-directivité :​​ qu’est-ce qu’un facilitateur non-directif ?

 

J.-M.​​ Priels : En​​ quelques mots,​​ la non-directivité,​​ c’est quelque chose de​​ très particulier.​​ Carl Rogers n’en a pas beaucoup parlé. Il n’a pas beaucoup​​ théorisé sur​​ la non-directivité8. Il l’a surtout fait​​ au début de sa carrière.​​ Il est​​ peu revenu dessus​​ à la fin de sa carrière.​​ C’est un terme formulé de manière négative qui définit assez bien la pratique de l’Approche centrée sur la personne.​​ Il est certain que​​ Carl Rogers​​ n'a​​ pas beaucoup théoriquement​​ tourné autour​​ de cette notion pour pouvoir​​ intellectuellement​​ la​​ spécifier.​​ La non-directivité, il​​ l’a plutôt​​ scientifiquement décortiquée et mesurée. Il s’était tout d’abord​​ aperçu​​ que​​ la non-directivité était la meilleure manière pour lui de qualifier sa propre vision de la psychothérapie9. Elle était ce qu’il a été convenu d’appeler​​ la troisième voie entre la psychanalyse interprétative, directive,​​ malgré sa volonté affichée de​​ neutralité bienveillante,​​ d'une part,​​ et d'autre part​​ l'approche​​ comportementale​​ débutante​​ qui​​ visait​​ quant à elle​​ à contrôler l’environnement pour contrôler la personne. Les débuts de Carl​​ Rogers​​ ont certes été influencés par la psychanalyse​​ d’Otto​​ Rank,​​ mais il s’est rapidement démarqué de la psychanalyse.​​ Par ailleurs,​​ il s’est rapidement confronté​​ au scientisme objectiviste du comportementaliste. Il a donc créé une​​ troisième voie en développant​​ ce qui est devenu​​ la psychothérapie centrée sur le client. L’Approche centrée sur la personne est​​ fondamentalement non-directive. Tirant parti de son esprit subjectiviste autant que scientifique, la contribution la plus importante de Carl Rogers a été d’identifier et de​​ mesurer les composantes de​​ la non-directivité. A force d’évidence​​ scientifique,​​ il a​​ réussi à disséquer les conditions nécessaires et suffisantes10​​ au développement du processus thérapeutique. Ces conditions sont intégratives en ce sens qu’elles sont valables quelle que soit la méthode​​ psychothérapeutique​​ utilisée. Si elles sont présentes à un degré suffisant, alors le processus thérapeutique se produit. Les​​ trois principales attitudes​​ que sont la congruence, le regard positif inconditionnel​​ et l’empathie​​ ont été validées par​​ des recherches scientifiques de l’époque.​​ La spécificité de l’Approche centrée sur la personne classique et non-directive est d’affirmer que ces attitudes ne sont pas seulement nécessaires​​ mais qu’elles sont aussi suffisantes.​​ La​​ théorie de la psychothérapie11​​ énoncée par Carl Rogers​​ repose sur​​ les notions de contact, de congruence, de regard positif inconditionnel et d’empathie. Dans la pratique de l’écoute compréhensive​​ non-directive​​ crée les conditions de​​ contact​​ psychologique entre les personnes. Cette​​ notion de contact est particulièrement importante lorsque l’on travaille avec des personnes vivant des difficultés psychiques importantes.​​ Garry Prouty affirmait que l’écoute est d’autant plus importante que la solitude de bien des personnes ajoute du drame à leur propre drame.​​ Ecouter,​​ c’est alors approcher​​ l’autre sans effraction, ne pas la laisser​​ seule​​ et peut-être commencer à l’autoriser à se sentir acceptée.​​ L’écoute non-directive​​ repose surtout sur le fait de vérifier si la personne qui est en face​​ -​​ ou le​​ groupe -​​ perçoit les attitudes qui lui sont offertes.​​ C'est une proposition d’attitudes qui, du côté du thérapeute, se mène progressivement et parcimonieusement en​​ vérifiant - presque​​ à tâtons​​ - sans jamais aller trop loin et sans perdre le contact si la compréhension correspond exactement à ce que le client exprime. Ecouter est donc​​ une question d’ajustement et de centration sur la personne écoutée. C’est le client qui sait le plus exactement ce qui repose au fond de lui-même. Le thérapeute vérifie donc avec autant de précision que possible si la compréhension qu’il a de son client, ou du processus du groupe,​​ est la bonne. Il veille à ne pas les​​ priver du pouvoir de s’auto-actualiser. Il s’agit là de​​ la fameuse posture du colibri​​ – si chère à André de Peretti. Le colibri qui est​​ présent,​​ pas trop éloigné​​ de la fleur​​ pour goûter au nectar​​ et pas trop proche pour ne pas l’abîmer. Plus tard dans sa carrière, Carl Rogers a surtout parlé de son travail en le qualifiant d’Approche centrée sur la personne.​​ Aujourd’hui, au fil de nouvelles avancées théoriques,​​ l'approche​​ revisite ses fondements.​​ Certaines​​ théories​​ innovantes​​ qui prennent place, dans ce qu'on appelle la famille, les tribus ou les couleurs de​​ l’Approche​​ centrée sur la personne, s'éloignent​​ cependant​​ de​​ la​​ non-directivité.​​ Être​​ un intervenant​​ non-directif,​​ c’est​​ se mettre en disposition​​ pour​​ sentir le processus​​ en cours et ne pas pousser ce processus.​​ C'est respecter les mécanismes de défense​​ en allant peut être simplement les identifier,​​ si on les décèle. C’est surtout offrir les attitudes​​ de base​​ pour que la personne​​ s’approprie elle-même​​ son chemin​​ de vie au départ de là où​​ elle se trouve.​​ La non-directivité est agissante mais elle ne force personne à​​ l’acceptation de soi. Elle fait le pari que l’actualisation de soi​​ est toujours possible si les conditions le permettent.​​ Accompagner​​ le processus​​ interne de la personne, sans​​ le​​ pousser​​ dans une direction qui ne serait pas la sienne,​​ c’est​​ cela​​ la non-directivité​​ et, d’ailleurs, la force naturelle de la tendance actualisante.​​ 

 

Beaucoup de critiques, souvent légitimes,​​ ont été faites à propos​​ de la non-directivité.​​ Certains auteurs invitent à repenser la non-directivité12.​​ En soi, on peut​​ en effet​​ admettre​​ qu'elle est un mythe​​ et que dans une certaine mesure, on ne peut pas ne pas diriger.​​ Lorsque j'interviens​​ dans un groupe,​​ par exemple​​ si je contacte​​ une personne ou choisi de parler, c’est​​ quand même un mouvement de ma part​​ envers cette​​ personne. Je choisis​​ mes interventions​​ et elles ont, que je le veuille ou​​ non,​​ un certain impact sur l’autre.​​ C’est pourquoi la non-directivité n’est jamais absolue. En tous les cas,​​ elle​​ nécessite une certaine réserve.​​ Les interventions du thérapeute centré sur la personne ne se font​​ pas sans​​ vergogne. Elles nécessitent la​​ vérification constante que l’autre​​ est prêt à accueillir​​ les attitudes​​ et reformulations sans qu’elles soient imposées. L’écoute est attentive​​ à​​ la réception de ce qui est là en étant conscient qu’il ne s’agit pas non plus de tout accepter ou de laisser faire : l’empathie est la plus grande des formes de confrontation. La non-directivité bien conçue est en soi responsabilisante pour la personne écoutée.​​ Elle n’a par ailleurs rien d’un angélisme,​​ même​​ si elle laisse​​ aux personnes​​ la liberté​​ de faire l'expérience qui est la leur. Nous avons bien vu​​ que dans le groupe de rencontre​​ qui vient de se terminer,​​ nous avons​​ aussi fait face à des​​ moments de confrontation,​​ de colère, etc.​​ A certains moments, il y a​​ des personnes qui ne se sont plus​​ écoutées​​ mutuellement, qui se​​ sont heurtées ou​​ marché​​ sur les pieds​​ par exemple​​ parce que,​​ les résonnances interpersonnelles​​ étaient​​ trop importantes​​ et que des malentendus se sont installés.​​ En pareil cas, pour le facilitateur, il importe de​​ rester​​ présent avec confiance et si la communication devient violente, ce qui n’a jamais été le cas dans notre groupe ici à Casablanca,​​ et que les conditions de base ne sont plus respectées, il m'est​​ parfois​​ arrivé, dans​​ un groupe,​​ de demander un temps de pause, de​​ dire non, de replacer le cadre.​​ Je me rappelle, précisément, il y a très longtemps, deux personnes​​ qui​​ étaient prêtes à se battre ; je me suis levé, en criant :​​ « On ne se frappe pas, ici ! ». La relation humaine n’est pas exempte d’une certaine forme de​​ violence​​ relationnelle mais​​ la liberté est également fondamentalement relationnelle et​​ les limites du passage à l’acte sont toujours de mise.​​ Le facilitateur qui s'inspire de l’Approche centrée sur la personne​​ met en jeu ses compétences pour la construction​​ de​​ relations​​ humaines​​ plus harmonieuses. C'est exigeant et dans cette recherche,​​ il n’est pas exclu de​​ rencontrer aussi de​​ la confrontation​​ et des conflits. J’ai​​ parfois​​ participé à des groupes durant lesquels des personnes​​ se criaient littéralement dessus puis sortaient​​ en pleurant.​​ Dans la mesure​​ où​​ cela se produit et est​​ accompagné et​​ facilité​​ avec attention,​​ dans la mesure​​ aussi​​ où​​ d’autres personnes que le facilitateur​​ sont aussi​​ là pour accompagner le groupe -​​ tout le monde​​ est​​ quelque part​​ facilitateur​​ - je n’ai jusqu’ici pas rencontré​​ de groupe​​ qui se​​ soit mal terminé​​ pour quiconque.​​ Dans chaque communauté, la construction de la paix est à ce prix.​​ Selon Yves Saint-Arnaud, « il n’y a rien de plus bizarre que la non-directivité, une formule mal comprise qui entraine une révolution »13.

 

En guise de conclusion

 

Le développement personnel à l’œuvre​​ dans un groupe de rencontre​​ est quelque chose de​​ mystérieux. Ce​​ qui est donné dans la rencontre, dans les échanges, ce qui a été exprimé​​ dans un groupe​​ tel que celui que l’on vient de vivre​​ durant trois jours,​​ a été tellement intense et tellement​​ important.​​ Tout ce qui a été vécu est encore beaucoup plus riche​​ que ce que nous en percevons au terme de ces trois journées. Certains se sont vu révélés à eux-mêmes​​ comme jamais auparavant. Il y a, certainement, beaucoup de choses silencieuses, avec lesquelles les personnes sont reparties. Que de choses belles qui ont été dites et qui ont été échangées.

Tout ce qui se trame​​ dans de tels moments est en fait un mystère, celui de la relation humaine.

 

1

​​ Notons qu’il existe également des groupes se réunissant sans facilitateurs désignés.

2

​​ Voir à ce propos Rogers, C.R.​​ (1973),​​ L’évolution du groupe de rencontre, in​​ Les groupes de rencontre, Paris, Dunod, pp. 14 – 42.​​ 

3

​​ Je vous invite à prendre connaissance d’un petit texte qui m’inspire : Landsberg, P-L. (2018).,Réflexions sur l’engagement personne, Paros, Alia, 54 p. Ce texte est paru pour la première fois dans la revue Esprit, n°32 en novembre 1937.

4

​​ A propos des groupes en place dans les formations à l’Approche centrée sur la personne, voir : Pedevilla, S.​​ (2006), Le grand groupe et son rôle dans la formation de praticiens de l’Approche centrée sur la personne,​​ ACP Pratique et recherche, n°4, pp. 26-43.

5

​​ Voir : Devonshire, C.M. (2011), L’Approche centrée sur la personne et la communication interculturelle,​​ ACP Pratique et Recherche, n° 13, pp. 23-55.

6

​​ Voir :​​ www.snoezelen-belgique.com. Voir également : Priels, J-M.​​ (2006),​​ L’énigme du seul luxe véritable. Petit conte véritable (à la manière de Saint-Exupéry),​​ ACP Pratique et recherche, n° 3, pp. 55-61.

7

​​ Prouty, G., Van Werde, D., Pörtner, M. (2017).​​ La pré-thérapie. Le travail de contact dans l’Approche centrée sur la personne, Lyon, Chronique Sociale, p. 235.

8

​​ « Le terme ‘non-directivité’​​ ne semble pas avoir été utilisé par Rogers. Par contre, l’adjectif ‘non-directif’​​ revient à plusieurs reprises dans les textes du célèbre psychologue. Même non exprimée, la non-directivité parfume son œuvre tout entière.​​ Cette expression recouvre un concept existentiel ontologique » (Ducroux-Biass, F.​​ (2005),​​ La non-directivité : un concept ontologique,​​ ACP Pratique et recherche, n° 2,​​ pp. 57-74.

9

​​ Rogers, C.R. (2001). Approche directive contre approche non-directive, in​​ L’Approche centrée sur la personne. Anthologie de textes présentés par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson, Lausanne, Randin édit, pp. 106-116.​​ (Counseling and Psychotherapy, Boston, Hougton Mifflin, 1942, pp. 30-45).

10

​​ Rogers, C.R. (2001).​​ Les conditions nécessaires et suffisantes d’une modification thérapeutique de la personnalité,​​ in​​ L’Approche centrée sur la personne. Anthologie de textes présentés par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson, Lausanne, Randin édit, pp. 253 – 269.

11

​​ Voir : Théorie concise de la thérapie, in Rogers, C., Kinget, M.G. (1965),​​ Psychothérapie et relations humaines. Théorie et pratique de la thérapie non-directive, vol. 1, Publications universitaires de Louvain et Nauwelaerts, Paris, ch. IX, pp. 199-215.

12

​​ Voir : Haudiquet-Lamarque, X. (2018), Repenser la non-directivité au regard du paradigme relationnel,​​ ACP Pratique et recherche​​ (sous presse).

13

​​ Saint-Arnaud, Y.​​ (2006),​​ La non-directivité,​​ ACP Pratique et recherche, n°4, pp. 44-45.

8

 


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